14 novembre 2008

Soignant soigné

Quel statut a-t-on lorsqu'on est "patient" à l'hopital ? Quand notre univers, pour un temps déterminé, tourne autour d'une chambre qui n'est pas la notre, du personnel qui nous soulage, du médecin qui nous soigne ? Quand on entre dans le quotidien de cette fourmilière ?

C'est tellement différent de tout ce qu'on a pu connaitre et, même, imaginer !!

On se raccroche aux visages que l'on croise, ils nous apaisent, ils nous rassurent, ils nous soulagent... Mais en sont-ils seulement conscients ?

Il y a des visages que l'on n'oublie pas et que l'on n'oubliera jamais, ancrés dans notre esprit. Des noms que l'on a en tête, qui nous font sursauter quand on les entend "et si c'était eux...?"

Mais ces visages-là ne se souviennent pas forcément du nôtre... Comment savoir ce qu'ils ont retenu de nous ? qu'ont-ils gardé de nous par rapport à ce qu'on a gardé d'eux ? Quand nos souvenirs sont si limpides et que nous reviennent les paroles, mot pour mot, les gestes que l'on imaginait personnalisés, qu'en est-il des leurs ?

Comment voyaient-ils la situation de leur côté ? que disaient-ils de nous à leurs collègues du poste suivant ? Parlaient-ils de nous chez eux ? (anonymement, évidemment !!) Pensaient-ils à nous une fois la blouse reposée ?

 

Et moi "mes" patients, comment est-ce que je pense à eux ? Comment est-ce que je les considère ? est-ce que je me mets à leur place ?

Un peu trop peut-être... et les larmes remontent facilement lorsque les souvenirs m'assaillent, invités par leur douleur, leurs angoisses, leur oxygène, leur petite installation dans la chambre... "moi aussi je voulais ma montre sur l'adaptable..."

Et "mes" patients, se souviennent-ils de mon nom comme je me souviens du leur ? Me trouvent-ils rassurante ? apaisante ? douce et calme ? ou alors incompétente et inutile, statut de stagiaire première année oblige ?

 

Est-ce que j'égaye un peu leur journée comme on a si souvent égayé la mienne ?